A l’Orient de nous-mêmes : un voyage avec Mar Del Plata
par on mai 10, 2017 dans MDP

La limpidité des mots et de leur enchaînement, la sobriété et la fluidité ne sauraient fermer les portes au mystère et à l’équivoque. Cela, on le comprend lorsqu’on se laisse imprégner par l’univers de Mar Del Plata, par ses jeux de piste et ses navigations entre l’éclat du cœur mis à nu et l’épaisseur nocturne du secret.

Le voyage débute par un tour de passe-passe, avec ce soleil comme éternellement hissé au sommet d’un ciel d’un bleu irréel, avec ces rouleaux argentés de vagues atlantiques. L’exotisme que suggère le nom-même du groupe dépasse les localisations géographiques : il relève du mythe et non de l’espace. L’escale, en deux titres, à Carcosa témoigne de ce goût des énigmes susurrées dans un mélange de crainte et d’enthousiasme qui proclament que le vrai importe bien moins que l’imaginaire. A Carcosa, lumière et obscurité se combinent dans un rapport qui n’est plus exactement celui du jour et de la nuit. A Carcosa, les mécaniques se dérèglent, subrepticement. A Carcosa, on se fait détective, sur les traces de celui dont on sait pourtant qu’il est l’insaisissable : le Yellow roi, l’étoile occulte de la cité.

Les textes de Mar Del Plata sont des traversées funambuliques au-dessus de précipices intimes. Ceux du sentiment amoureux notamment. De cette autre légende immémoriale et universelle, les paroles de Victor Tchouri explorent toutes les facettes, sans concessions ni illusions. Sans l’ironie moqueuse de qui s’est blasé, sans la résignation de qui a renoncé à la beauté des espérances, fussent-elles passées. Elles nous disent que rien ne se conserve complétement intact sinon le souvenir ; que le temps est un adversaire facétieux, qui fuit comme le sable entre les doigts mais sait aussi se figer comme la glace, dont les chausse-trappes ne peuvent être affrontées que sur le fil du rasoir ; et que le feu de l’amour se nourrit aussi d’un bois de douleur, d’amertume et de regret. Que le féminin et le masculin sont inconciliables, dès l’origine sans doute, dès le monde du rêve.

Ces paroles disent aussi, avec la même lucidité poétique, sans prétention vengeresse, avec humanité simplement, l’âme plongée dans l’incompréhension par la cruauté de l’actualité, la fraternité blessée et la vacuité de nos priorités existentielles.

Ce voyage, la musique de Christophe Leroy lui donne l’énergie d’une pop-rock équilibrée, à la fois tonique et posée. Exigence mélodique et verve rythmique se coordonnent pour porter les mots à leur acmé, pour en sublimer l’évidence.

La traversée de soi à laquelle invite Mar Del Plata fait écho à ce que nous sommes tous, atomes d’une âme universelle dont nous continuons à vouloir recueillir la lumière, en dépit de tout ce qui vient nous en décourager ; fragments d’une pierre commune à la taille de laquelle nous ne souhaitons que contribuer, malgré notre égotisme. Cette traversée jamais n’éreinte : au contraire elle stimule, sans pour autant jamais emprunter les chemins de la naïveté, ni ceux de la provocation, ni ceux des révélations ultimes.

Mar Del Plata, ainsi se nomment et le véhicule et la destination.

 

1/ Dans quelles circonstances vous êtes-vous rencontrés, et comment les événements se sont-ils enchaînés ?

Christophe : Victor et moi nous nous sommes rencontrés en février 2015 dans une soirée rock dans un bar. Il m’a parlé des textes qu’il écrivait et dont il rêvait de faire des chansons. J’ai immédiatement été happé par son univers, par les émotions qu’il transmet à travers son écriture.

Victor : Et très vite il nous a paru évident que le style musical de Christophe, entre mélodie et tension plus rock, était complètement en phase avec ce que je souhaite exprimer : le mouvement de l’âme entre introspection et confrontation au réel.

Christophe : l’aventure a ensuite démarré très rapidement. Le groupe a été créé quelques mois plus tard, en septembre 2015. Les musiciens se sont tout de suite identifiés à l’esprit des textes et de la musique de Mar Del Plata, ce qui nous a permis à tous de faire avancer les choses d’emblée et dans un vrai mouvement collectif.

 

2 / Pour l’un comme pour l’autre, que vous apporte la création ? Quel a été le parcours qui vous a conduits à l’expression artistique ? En quoi diffèrent la création en solitaire et la collaboration auteur/compositeur ; que vous apportent ces deux processus ?

Christophe : La création m’apporte une sorte d’apaisement, pour moi c’est comme une sorte de quête, sans fin évidemment. J’ai commencé la guitare vers 17 ans, en gratouillant des trucs acoustiques, après je me suis mis à Nirvana, aux Beatles, et de fil en aiguille je me suis mis à composer mes propres chansons.

J’aime être seul pour créer, mais être à deux apporte une oreille différente, ça amène des idées différentes, et il y a ce que j’appelle les « accidents heureux », et de là peut naître une chanson, un riff, une mélodie… c’est magique ! Nous puisons notre inspiration dans les tourments de la vie, dans les fractures de l’âme et dans l’intensité de mille petites choses à vivre.

Victor : Pour moi écrire c’est repousser la mort le plus loin possible C’est aussi une sorte de catharsis C’est être dans la conquête de soi , canaliser ses émotions et donner vie a des moments fragiles , a des spirales de vie parfois contraires Ecrire c’est s’affronter, seul. Et puis après vient la « confrontation » avec Christophe, l’échange des émotions, le partage des textes et inversement celui de ses compositions : un moment unique

3/ MDP doit son nom au titre d’une chanson écrite par Victor avant la formation du groupe, et que vous ne présenterez au public que dans quelques temps. La situation a un certain caractère d’étrangeté. Pouvez-vous nous en dire plus sur ce « morceau-fantôme » ?

Victor : Cette chanson reste un mystère car elle a donné lieu au nom du groupe et paradoxalement elle n’a jamais été jouée , elle est restée dans les cartons depuis cet été, et nous commençons à peine a la dépoussierer. Nous ne savons pas quand elle sera jouée et présentée. En ce sens elle est en effet un peu mystérieuse et fantomatique. Cette chanson est un rendez-vous à Mar del Plata pour une renaissance et un nouveau départ , toujours la vie dans son cote cru et dans son cote éthéré.

4/ Comment se « fabriquent » les titres de MDP ? L’équilibre entre les textes et la musique suggère un vrai processus de co-construction. Quelle est la place des musiciens du groupe dans l’élaboration de cet équilibre ?

Christophe : Au départ, clairement les textes étaient de Victor et moi je composais la musique à partir de sa prose. Maintenant, Mar Del Plata est un vrai groupe, et du coup tout est beaucoup plus démocratique, on amène tous des idées, on les travaille, on les peaufine, on les modifie, un peu comme un sculpteur le ferait avec son travail. Nous sommes tous Mar Del Plata , chacun a un rôle, une place et une responsabilité : c’est une oeuvre collective et un destin commun.

5/ En quelques mois MDP a su fédérer une communauté enthousiaste à Beauvais, sa ville d’origine. Aujourd’hui la dynamique s’étend : comment envisagez-vous cette nouvelle étape ?

Victor : L’objectif c’est l’album, et se produire un maximum, partout où on le pourra. On a envie d’avoir le maximum de retours sur notre travail, et on est prêts à défendre nos chansons sur la route ! Le live c’est l’intensité et l’adrénaline , la rencontre avec le public , les émotions partagées et la vérité directe de ce que nous sommes, sans travestissement Nous sommes a plus de 7000 fans Facebook, des milliers de vues sur nos vidéos , c’est encourageant mais nous voulons aller plus loin dans notre engagement personnel et musical : vivre une épopée.

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