Mar Del Plata, à la surface du rêve, la substance de nos vies
par on mai 10, 2017 dans MDP

Mar Del Plata, un nom aux accents de soleil mythique, de luminosité immaculée, de nuits de fête, de danse et d’alcools forts ; un nom qui destitue le quotidien, qui libère de son emprise terne et ré-ouvre les portes de la confiance en un soi radieux et conquérant. Mais un nom tout en fragilité aussi, comme le sont toutes les ivresses ; un nom équivoque, un nom de mystère à élucider. Un fil tendu entre l’océan et l’abîme, entre l’espoir et la chute, entre le jour rayonnant d’orgueil et la pénombre des solitudes.

Mar Del Plata c’est le chant énergique et mélodique, rock et harmonieusement construit, de nos cicatrices intérieures, de nos K.O les plus absolus, mais aussi de la force que nous mettons à nous remettre d’aplomb. C’est le chant de l’humain meurtri mais droit, en rage mais intègre, blessé mais encore avide d’oxygène et d’émotions. C’est le chant de l’humain qui s’accroche sur le ring malgré la puissance des uppercuts qui lui cabossent l’âme. C’est le chant qui se substitue à la plainte.

C’est le chant lucide des douleurs qui nous construisent tout au long de la vie, qui façonnent ce que nous sommes ici et maintenant, et que nous ne serons plus et pourtant serons encore demain, lorsque la vie nous aura portés ailleurs.

Les textes de Mar Del Plata racontent l’histoire universelle et intime de l’homme et de la femme, de leur rencontre et de leur cheminement commun, de l’essoufflement sournois des serments d’éternité et des tangentes plus ou moins éphémères que prend la soif jamais éteinte d’aimer. Ils expriment tout le jeu des regrets et des espérances feintes, de la désillusion et des sourires truqués.

Ils nous rappellent que nos différences suscitent l’amour autant qu’elles le corrompent, que leur magie initiale résiste mal à l’addition des malentendus et des déceptions. Que l’amour ne se laisse pas figer dans le marbre du temps long, qu’il est un animal sauvage, et qu’à tenter de le dompter on l’abime.

Ces textes nous conduisent dans la chair des sentiments, là où ça serre le cœur et où ça vrille l’âme. Ils nous mettent le miroir bien en face : impossible de ne plus voir le visage de notre adversaire le plus terrible, impossible de s’extraire de ce monde de passions tristes, de postures et de vide en disant « ça n’est pas moi ».

Ils nous guident aussi vers ce qui sauve, dans les limbes à la fois graves et éthérées de rêves sans commencement ni fin. Avec eux on se glisse dans les rues de Carcosa, on pénètre dans ses palais peuplés et silencieux, sur les traces de son fantomatique monarque, avec l’impression que ce pays ne nous est pas totalement inconnu, mais sans que l’on puisse véritablement se le remémorer. On y visite à minuit les anciens temples païens encore fréquentés, et où, dit-on se pratiquent encore les sacrifices à des dieux depuis longtemps endormis. Et l’on déambule comme un initié dans ces lieux dont le souvenir s’est fané.

Sur le pont du paquebot qui le conduit à Mar Del Plata, un voyageur médite dans la lumière franche de la lune.

Il n’y a pas de mensonges, seulement des illusions que l’on se laisse construire, en faisant la prière secrète qu’elles ne se brisent jamais et que nous soit épargné le chaos du dernier round.

Il n’y a pas de parole donnée, seulement des silences qui n’ont pas trouvé leur place, des sourires et des regards qui se sont manqués.

Nos vies se tissent en demi-teintes, en faux-semblants et en clair-obscur, en cris et en murmures, en râles et en larmes, en temps fugaces et en infinis. Nous y avançons tels des équilibristes, un jour victimes, un autre bourreaux, fraternels et carnassiers, amoureux et infidèles, généreux et cyniques, insouciants et insignifiants, narcissiques et pourtant si souvent étrangers à nous-mêmes.

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